Eric VILLAGORDO, Céline SALA, Marc PARAYRE et Jackie HALIMI - Mythologies et stéréotypes dans ASTERIX
Mythologies et stéréotypes nationaux dans Astérix : sources iconographiques et historiques
Éric VILLAGORDO, Céline SALA, Marc PARAYRE, Jackie HALIMI
1.5 Le processus imaginaire : le fonctionnement de la re-création de l'Antiquité
4.2. Bande dessinée historique, sculpture et peinture (art classique et art pompier)
6. Les enjeux pédagogiques de la bande dessinée historique : atouts et limites
6.2. Héros fictionnels, héros réels
6.3. Entre le vrai et le faux, le réel et le rêvé : combler avec vraisemblance les béances de l’Histoire
6.4. Histoire(s), mythes et philosophie
6.5. La fiction historique, un document pour l'histoire culturelle contemporaine
Résumé:
Dans un contexte de formation des professeurs d’école, une équipe de chercheurs et de représentant de l’institution scolaire se questionne sur la place de la bande dessinée dans l’enseignement du socle commun de connaissances et de compétences, au regard de la partie nommée « culture humaniste » (Histoire, Histoire des arts, arts visuels, éducation musicale, littérature).
À partir de la notion de stéréotype présentée par Jean-Louis Dufays, on s’interrogera sur la construction des stéréotypes nécessaires à la compréhension de l’histoire (entendue à la fois comme Histoire et fiction), de l’histoire des arts et des arts visuels. Pour pénétrer un imaginaire historique (les pirates, la préhistoire, la première guerre mondiale, etc.), les élèves ont besoin de repères socio-culturels et d’un certain nombre de stéréotypes. Il s’agit donc dans un premier temps de forger une mémoire collective afin de saisir le contexte culturel dans lequel s’inscrit une œuvre et/ou une BD ; dans un second temps la méthode de l’enquête culturelle tentera de démêler le vrai du faux, afin de comprendre comment s’élabore l’imaginaire historique des auteurs de ces BD (et par là-même répondre à la question fascinante : comment se fabrique une BD ?). Lire au-delà des stéréotypes permet la distance critique, et donc la pleine compréhension de la BD historique humoristique. Nous présenterons une réflexion pédagogique et didactique de la dynamique d’enseignement de la culture humaniste qui, partant des œuvres (ici la BD, mais sans nous interdire d’évoquer aussi des peintures, des représentations iconiques dans les manuels scolaires, et quelques transpositions cinématographiques), et travaillant la question de l’archéologie de l’imaginaire historique de ces œuvres, vise à fournir les éléments critiques et scientifique d’une compréhension pour les élèves.
À partir du corpus des bandes dessinées d’Astérix, nous nous interrogerons sur la construction d’un propos à la fois militant et distancié autour de la nation gallo-française. En focalisant particulièrement le regard sur les références à la guerre des Gaules en général et sur la figure de Vercingétorix en particulier, nous essaierons d’expliciter l’imaginaire national d’Uderzo et Goscinny. Les auteurs de BD ne sont pas eux-mêmes exempts de stéréotypes dans la conception même de leur œuvre, même s’ils en jouent grâce à la distance humoristique.
D’Astérix le gaulois (1961) jusqu’au bouclier Arverne (1968), en passant par Le combat des chefs (1966) la culture gauloise avec son imaginaire d’indiscipline, de résistance, de mœurs de « bons vivants », est systématiquement présentée au lecteur francophone comme le fondement de la France contemporaine et participe du mythe qui entoure cette civilisation celte. On pourra d’ailleurs s’interroger sur la présence ou pas de références à la collaboration française durant la Seconde Guerre Mondiale (Le combat des chefs).
De même, nous nous pencherons attentivement sur les sources historiques et iconographiques de cette série mondialement connue. Par exemple en comparant la figure de Vercingétorix ou de César à des BD didactiques (comme celles de Victor de La Fuente, Raphaël, Victor Mora et Pierre Castex, Histoire de France en bandes dessinées . De Vercingétorix aux vikings, Larousse, 1980), aux sources des textes historiques, et aux sources esthétiques et iconographiques déterminantes : la peinture d’Histoire du XIXe siècle. Entre néo-classicisme et académisme, il semblerait qu’Uderzo ait regardé les peintures de notre roman national, celles-là même véhiculées par nos manuels scolaires. Cela est remarquable dans la construction du héros national gaulois Vercingétorix. Le film de Jacques Dorfmann de 2001 pourra même être convoqué dans un croisement intericonique entre BD, peinture, manuels scolaires, couvertures d’ouvrages historiques et cinéma. Vercingétorix est un mythe dont le stéréotype iconographique présente parfois quelques variantes.
Nous envisagerons bien évidemment la question de la situation pédagogique et didactique d’une BD, connue de tous, lue par tous, mais qui cache ses sources iconographiques et sa réinterprétation idéologique et imaginative des faits. Son but n’étant pas éducatif, rien ne peut être reproché aux auteurs, il appartient aux enseignants de se saisir avec une volupté critique d’une BD palimpseste, support extraordinaire d’une chasse au trésor culturelle. Astérix serait dès lors, à l’instar des comics américains, un véhicule notable de culture nationale, certes toujours universalisable. Les BD posent bien la question de la mémoire collective, traumatique ou humoristique, en tous les cas identitaire.

Corpus:
Goscinny René et Uderzo Albert, série Astérix, Éditions Hachette et Éditions Albert-René.
La Fuente (de) Victor, Raphaël, Mora Victor et Castex Pierre, Histoire de France en bandes dessinées . De Vercingétorix aux vikings, Larousse, 1980.
Dorfmann Jacques , Vercingétorix, Eiffel Productions - TF1 International - Transfilm - Productions Druides Inc., 2001. .
Références bibliographiques:
Dufays Jean-Louis, Stéréotype et lecture, « Philosophie et Langage », Liège, Mardaga, 1994.
Genette Gérard, Palimpseste. La littérature au second degré, Paris, Seuil, 1982.
Groensteen Thierry, La bande dessinée mode d’emploi, Bruxelles, Les Impressions Nouvelles, 2007.
Parayre Marc, « Réseaunances : aspects de l’intertextualité dans une lecture en réseau », in Skholê, hors série 1, Marseille, IUFM, 2004, p. 141-148 (en ligne).
Parayre Marc et Villagordo Éric, « La construction du je/lecteur scolaire est-elle liée aux œuvres à problème ? », in Chabanne J.-C., Parayre M. et Villagordo É. (eds), La rencontre avec l’œuvre. Éprouver, pratiquer, enseigner les arts et la culture, Paris, L’Harmattan, coll. «Art, Transversalité, Éducation », p. 295-315 (sous presse).
Villagordo Éric, « La contrainte du support en bande dessinée : une jubilation de l’imaginaire », in Formules, n°15, Texte/image : formes, trajectoires, frictions, coordonné par C. Reggiani, C. Reig et H. Salceda., 2011, pp. 75-90.
Villagordo Éric, « Politique de l’art. La mémoire du 11 septembre 2001 dans les bandes dessinées et le mémorial de Ground Zero », in Bouchy Anne et Ikezawa Masaru (dir.), La mort collective - Constructions mémorielles et politique, Institut des sciences humaines et sociales, Université de Tokyo, pp. 177-189 (publication et version en japonais ci-dessous :)
Villagordo Eric, 年 9月11日の諸表象とメモリアル, 2001.9.11 no shohyôshô to memoriaru, in Bouchy A. Ikezawa M. (eds),
Villagordo Éric, « Comics et politique. Après le 11 septembre 2011 : la bande dessinée en temps de guerre », in Socio-anthropologie de la création politique dans les arts, Florent Gaudez (dir.), Paris, L’Harmattan, coll. « Logiques Sociales. Série sociologie des arts » (sous presse, à paraître en 2011).
Villagordo Éric, « La mort le 11 septembre 2001 : distance et représentation dans la bande dessinée », in La mort et le corps dans les arts aujourd'hui, in Girel S., Soldini F., Paris, L'Harmattan, coll. « Logiques Sociales », série « Sociologie des arts » (à paraître en 2011).
Présentation des intervenants:
Éric VILLAGORDO
Maître de conférences en Art et didactique des arts, sociologue de l’art (arts plastiques, 18è, 19è section), IUFM de Montpellier, LIRDEF Université Montpellier II.
Céline SALA
Docteur en histoire moderne, 22è section, PRAG à l’IUFM deMontpellier/Université Montpellier II.
Marc PARAYRE
Maître de conférences en Littérature (9è section), IUFM de Montpellier, LIRDEF Université Montpellier II.
Jackie HALIMI
Inspecteur Éducation Nationale, Pyrénées-Orientales; inspecteur du premier degré cad généraliste, en charge du dossier "Culture Humaniste " dans le département 66.
Marc Parayre n'a pu être présent mais les trois autres collègues ont rendu compte du travail de tout le groupe.
Sur la photo: Céline Sala, Éric Villagordo (g.) et François Réchin (dr., modérateur)

